Paul Aimar – Jean Naegels, pourquoi avez-vous écrit « Dieu le diable et nous… » ?

Jean Naegels – C’est comme la course des petits pingouins sur la banquise. Tout le monde se met à courir, celui qui est en tête tombe et les autres passent dessus. L’histoire des humains est souvent semblable. Elle commence par la naissance dans un milieu social favorisé ou pas. Dans, « Dieu le diable et nous… », il ne l’est pas. De plus le personnage a un handicap, qui ne se voit pas, l’autisme Asperger. À l’école, il passe pour un débile, c’est celui que l’on pousse dans l’escalier et que l’on n’invite jamais aux fêtes. Il est enfermé dans la réalité d’un monde qu’il ne comprend pas. Il s’adapte en observant les autres. Il se construit sur des images. Il vit en retrait de toute vie sociale. Le téléphone est un calvaire pour lui. Pensez donc, parler à une boîte en plastique, sans voir les interlocuteurs, leurs gestes, leurs mimiques. Existe-t-il seulement quelqu’un de réel et qui le comprend au bout du fil. Cela est incroyable et pourtant c’est aussi ça, la vie d’un Asperger.

Paul Aimar – « Dieu le diable et nous… » C’est votre histoire ?

Jean Naegels – Oui, c’est celle aussi de beaucoup d’autres. Sans se focaliser sur le côté Asperger, l’égalité des chances se joue dans le milieu social où nous sommes élevés. Les facilités d’apprentissage de la langue, des comportements et des études sont directement liées à nos origines. Après, c’est la prise de conscience, la volonté et la lutte personnelle pour rétablir l’injustice.

Paul Aimar – « Dieu le diable et nous… » C’est aussi une histoire de voyou ?

Jean Naegels – Bien sûr, lorsque vous partez avec des handicaps, il faut se battre plus que les autres. Intellectuellement et physiquement, les deux sont intimement liés. Avoir un toit, manger à sa faim sont les premiers droits humains. Alors si on ne vous les donne pas ? N’est-il pas légitime de vous servir vous-même. Il n’y a pas plus d’immoralité à braquer une banque que d’exploiter des ouvriers, qui perdent leur vie à essayer de la gagner. Ils se saignent jusqu’au dernier souffle pour un salaire de misère qui ne leur permet pas de vivre dignement, mais seulement de survivre. C’est à vous dégoûter de travailler.

Paul Aimar – « Dieu le diable et nous.. ». Est un livre philosophique qui explose les préjugés ?

Jean Naegels – On peut tirer une philosophie de toute expérience. J’ai mis un point d’honneur à ce qu’il soit facile à lire que l’on puisse y apprendre un maximum de choses. La lecture peut être arrêtée et reprise après chaque chapitre, sans perdre le fil de l’histoire. Des chapitres parfois drôles, parfois grinçants, mais toujours vrais. La philosophie, c’est celle de la vie, celle que l’on peut adopter sans avoir honte de soi-même. À vrai dire les philosophes autoproclamés d’aujourd’hui m’énervent. Ils s’autorisent à disserter sur tout en pensant qu’ils le font mieux que les autres. Alors que dans la majorité des cas, ils n’ont connu que la couette douillette de papa maman. Nous sommes bien loin de Socrate, Descartes, Platon… qui étaient des hommes de science et d’amour.

Paul Aimar – « Dieu le diable et nous… » est un livre poignant. Merci Jean Naegels.

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